ALG : Le monument Freha dit Beka est parti

Maghreb - ALGERIE

De tous les jeunes de moins de vingt ans que le Mouloudia d’Oran avait lancé dans le bain  durant la première saison  de l’indépendance  1962-1963, en Critérium régional, il était le vilain petit canard. D’une timidité maladive et d’une nonchalance sans pareil, il n’arrivait pas à s’imposer à la pointe de l’attaque et faisait l’objet de critiques permanentes de la part des supporters.

Mais le nom qu’il portait : Freha, forçait le respect dans le quartier d’El Hamri. Ses trois frères : le gardien de but Benyoucef (Chahid), les deux milieux de terrain Mohamed (officier de l’ALN) et Ahmed (militant nationaliste) avaient fait les beaux jours du Mouloudia entre 1946 (année de la création du club) et 1956 (année de l’arrêt des compétitions). Et ses prestations étaient plutôt vues avec indulgence.

La seconde année du Critérium régional, le vilain petit canard se transformait en Cygne blanc et allait faire le bonheur du football oranais et algérien durant plus d’une décennie. Un entraîneur Yougoslave du nom de Civic a vite décelé en lui des qualités de buteur et exploité sa nonchalance pour en faire une de ses armes maitresses. « Toi Beka, jouer sans ballon, puis toi remisé ballon toujours et hop toi partir vers point de penalty et hop attendre ballon de la tête. Et hop toi but ! », lui répétait-il, inlassablement durant les séances d’entraînement, dans un français approximatif. Et Beka marquait des buts à la pelle.

Il était releveur de compteur à Sonelgaz et avait l’avantage de terminer son travail vers 11 heures du matin. Durant les trois jours d’entraînement de la semaine entre midi et deux heures, il était le premier sur le terrain en tuf du stade du Rail (fief historique du Mouloudia). L’entraîneur Civic lui consacrait alors une courte séance individuelle pour améliorer son jeu aérien. D’ou son surnom de « tête d’or », qu’il va porter dans tous les stades. Puis lorsque ses coéquipiers quittaient le terrain pour reprendre leur travail, il reprenait les exercices de Civic mais cette fois-ci avec un ballon.

Au fil des années, le jeu académique fait de passes courtes du Mouloudia d’Oran devenait une référence dans le monde du football algérien grâce à ses jeunes qui avaient pour nom Meguenine, Nehari, Bessol, Naïr Mohamed, les fils d’El Hamri. Et Fréha terminait régulièrement dans le top 3 des meilleurs buteurs de la saison. Parallèlement, il signait un long bail avec l’équipe nationale (1965-1971) tout en offrant aux Hamraoua le premier titre de champion d’Algérie (1971) puis la première coupe nationale (1975).

Le temps de la retraite venu, il commet une petite infidélité à son club de toujours pour signer, l’espace d’une saison, avec le glorieux et légendaire USM. Oran. Un rêve d’enfance qu’il achève par une action de jeu que l’on raconte encore dans les cafés. Après avoir dribblé quatre défenseurs et le gardien de but, il plaçait le ballon sur la ligne. Puis a l’aide de sa chaussure droite qu’il avait enlevé, il envoyait le cuir dans les filets. But ou pas but ? Cette question, Beka aimait souvent la poser. Il perdait alors de sa timidité pour devenir un boute-en-train intarissable.

Beka nous a quittés sans crier gare à l’âge de 69 ans. La mort l’a rattrapé après lui avoir échappé, un jour de 1964, sur une route de l’Oranie. Elle avait choisi de faucher son coéquipier et ami Mohamed Naïr, un grand espoir du football algérien. Dimanche, la mort était au rendez-vous tout comme les Hamraoua qui l’ont accompagné à sa dernière demeure, conscient qu’un pan de l’histoire du Mouloudia venait de s’écrouler. (A. Bessol-in-Planete Sport)