ITW - Alain Giresse parle de l'Algérie (Par II)

Mondial/Can - CM - 2010

ITW - ALAIN GIRESSE PARLE DE L’ALGERIE (2)

Le sélectionneur des Aigles du Mali, le français Alain Giresse est intarissable quant il s’agit de parler football. Ses connaissances sur le football africain lui valent le respect. Le parcours actuel du Mali à la CAN est sa réussite. Le retour du joueur du Barcelone promu capitaine Seydou Keïta. Les prochaines échéances de la Coupe du Monde avec comme adversaire l'Algérie. L’envoyé spécial de footafrique.com Bessol Nazim, l’a rencontré à Libreville. Voici la deuxième partie de l’entretien.

Footafrique.com : Votre avis sur cette superbe compétition continentale qu’est la CAN ?

Alain Giresse : Il faut que cette compétition continue à être attractive qu’elle est de bonnes répercussions qu’elle soit bien vécue. Il faut qu’elle continue à créer cette ferveur, cette passion ce suivi de tout un continent. Je me réjouis qu’elle soit aussi bien suivie, elle est regardée en Europe et plus loin encore. Après quand on est entraîneur comme je le suis il faut essayer d’aller le plus loin possible. C’est vrai que problème des stades vides est récurrents. C’est sur qu’il vaut mieux jouer dans un stade plein. Le stade c’est un théâtre. Il faut des spectateurs pour que tout se passe bien. Concernant le match de dimanche, nous allons être gâté et c’est ce que je vais dire à mes joueurs. Ils vont faire un vrai match de compétition avec une très forte pression du public. Tout ce qui fait un ingrédient d’un grand match de football

 

Footafrique.com : L’année 2013 sera une année chargée avec la CAN 2013 et les éliminatoires de la CM 2014. Le Mali sera-t-il prêt ?

Alain Giresse : Je vais parler sous réserve (ndlr- l’ITW a été réalisé la veille du match de la qualification en demi-finale de la CAN). Je ne suis pas sûr d’être encore à la tête de cette équipe. Déjà laissez-moi vous dire que ça fait beaucoup… beaucoup de matches. On joue en juin en pleine période de vacances européennes. Cela va être lourd il va falloir remobiliser les joueurs qui sortent de différents championnats tous aussi harassants. Et se replonger dans ces qualifications. Là tout de suite, j’ai du mal, moi-même à m’y plonger. Mais la magie de la Coupe du Monde, c’est quelque chose de fort. Elle peut faire soulever des montagnes aux joueurs.

 

Footafrique.com : L’arrivée en Algérie de Vahid Halilhodzic est salutaire ?

Alain Giresse : L’Algérie reste un réservoir, un réservoir de talents. Une grande nation de football avec une histoire. Et à un moment il faut remettre de l’ordre pour avancer. L’équipe a baissé après la Coupe du Monde. Les  raisons, je les ignore ; Il faut tout rebâtir. Ce que l’Algérie a fait jusqu’à la Coupe du Monde (ndlr-entraîné par Rabah Saadane) était impressionnant. Je peux même ajouter très impressionnant ! Ce qui a été fait avec l’Egypte en un laps de temps aussi court me laisse sans mot. Subir ce qu’ils ont subi et faire ce qu’ils ont fait par la suite … (il souffle d’admiration).  Mais ce qui m’interpelle, c’est la suite. Que l’équipe chute aussi rapidement aussi m’a autrement impressionné.

 

Footafrique.com : Les Aigles n’ont jamais disputé une Coupe du Monde. 2014 sera la bonne ?

Alain Giresse : (Il rigole). Vous êtes entrain de demander à un aveugle si il veut voir. Bien évidemment, je pense qu’il faut toujours se fixer se genre d’objectif et se mettre à l’esprit que la Coupe du Monde c’est ce qu’il y’ a de plus grand de plus énorme pour un joueur. Et jusqu'à preuve du contraire il n’y que l’équipe nationale qui le permet. C’est pour ça qu’il faut tout faire pour y arriver.


Footafrique.com : L’absence de l’Algérie et vos futurs adversaires à la CAN ne vous surprend pas ?

Alain Giresse : Pour moi cela ne change rien que nos futurs adversaires aient réussi ou pas à se qualifier à la CAN 2012. Cela ne change rien à leur valeur. L’Algérie reste l’Algérie même si elle est absente aujourd’hui. Idem pour le Rwanda qui joue bien au football et  le Bénin peut avoir une très bonne équipe et jouer les trouble-fêtes. Jouer le dernier match du groupe en Algérie, va être compliqué, d’autant qu’il n’y aura qu’un seul qualifié. Tout le monde devra batailler et  tous sont susceptibles de laisser des plumes ici et là. Pour moi ça reste un groupe ouvert et il ne faudra pas perdre beaucoup de points et ne pas faire d’erreur.

 

Footafrique.com : Vous misez sur combien de points pour la qualification ?

Alain Giresse : Sincèrement je ne peux pas vous répondre. Je n’ai pas mis le nez dedans encore, préoccupé que je suis par la CAN qui est assez  prenante. Non, je n’ai pas encore fait la collecte des vidéos pour étudier le jeu des équipes et notamment celui de l’Algérie. On finit mi-février la CAN ((Rire du coach, significatif d’une présence en finale au Gabon), l’Algérie va jouer fin février face à la Gambie, cela sera une bonne occasion de les voir évoluer. On va tout faire pour les observer. C’est de bonne guerre.

 

Footafrique.com : Après les CAN, les sélectionneurs sont souvent remerciés. Est-ce que ce sera votre cas ?

Alain Giresse : C’est vrai qu’à la fin de chaque CAN,  il y a une « charrette », mais les dirigeants de toutes les équipes vont réfléchir par deux fois parce que les éliminatoires de la Coupe du Monde se profilent au mois de juin. Bien sûr, il y a le contrat et des objectifs à atteindre. Mais sincèrement si dans un contrat, il est dit que l’objectif est le passage au premier tour, croyez-vous que je n’ai pas envie d’aller plus loin. Mais rien n’est acquis : vous pouvez finir champion et ne pas rester quand il y a connivence et des interférences politiques dans le football.

 

Footafrique.com : C’est le prix payé par Rabah Saadane avec la participation de l’Algérie à la Coupe du Monde 2010 ?

Footafrique.com : Regarder les champions des Coupes continentales ou les Champions du monde quand ils doivent repartir sur une nouvelle campagne éliminatoire. Le plus souvent, ils débutent mal, car il y a souvent une cassure de la décompression. Ils ont besoin d’un peu plus de temps pour retrouver cette vitesse de croisière. Une coupe du Monde peut vous entraîner de manières différentes. Elle peut vous propulser comme elle peut vous enfoncer et dans le cas de l’Algérie il semblerait que ce soit le deuxième effet. Si vous prenez l’exemple de l’équipe de France en 1982, la Coupe du Monde nous a propulser jusqu’au sacre européen de 1984 et même le mondial 1986. On avaient découvert et apprécié quelque chose, pour d’autres elle peut avoir l’effet inverse. C’est tout l’un ou tout l’autre, et dans le cas de l’Algérie je dirais qu’elle a très mal négocié son après Coupe du Monde. Cependant, je ne suis pas au cœur de l’équipe ni du fonctionnement pour vous dire ce qui sait réellement passé.

 

Footafrique.com : Comment gérez-vous les caprices des stars du Mali  ?

Footafrique.com : Les grandes stars africaines à l’image de Samuel Eto’o éprouvent beaucoup de difficultés en sélection. Les rapports sont souvent tendus notamment avec leurs fédérations. Si vous prenez le cas d’Eto’o, que j’estime particulièrement, il faut savoir que c’est quelqu’un qui s’engage. Il le fait pour son pays pour l’Afrique. C’est un digne ambassadeur de l’Afrique et il est proche de n’importe quel pays. On dit souvent qu’on n’est jamais prophète dans son pays, mais la sincèrement, il y a un problème ! Que cela puisse ne pas fonctionner n’est pas normal. Il y a eu au Mali les mêmes problèmes notamment avec Seydou Keïta au sortir de la CAN 2010. Il a eu des rapports assez tendus avec la fédération et la presse nationale. Nous avons pris le temps de discuter et d’aplanir les problèmes. Je tenais à lui et je ne me suis pas trompé.

 

Footafrique.com : Seydou Keita est-il un exemple ? A-t-il  apporté un peu du Barcelone à l’équipe du Mali ?

Alain Giresse : Je vais vous surprendre mais Seydou qui a tout gagné avec Barcelone m’a dit qu’il n’avait jamais vécu une telle émotion après le but qu’il a marqué contre le Botswana et qui  nous a ouvert les portes des quarts de finale. Tous les joueurs du Barça ont un tel niveau de performance que les angoisses ne font pas partie de leur quotidien. Seydou a un rapport très fort avec la sélection. Jouer avec les couleurs du pays et vivre ça, c’est franchement inouï. C’est tout un peuple qui  est derrière et il ne faut surtout pas l’oublier. Certes le football n’a pas pour vocation de tout régler mais il donne aux joueurs cette fierté de représenter un pays. Etre joueur international ce n’est pas rien c’est un statut à part.

Entretien réalisé à Libreville par Bessol Nazim-Footafrique.com


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