CAN 2012 : ITW - Giresse se dévoile (1)

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Avant le match de dimanche, décisif pour une qualification en demi-finales de la CAN contre le Gabon, le sélectionneur du Mali. Alain Giresse s’est longtemps entretenu avec l’envoyé spécial de footafrique.com à Libreville, Bessol Nazim. Voici, une première partie fort intéressante.

 

Footafrique.com : Vous avez vécu une fin de rencontre face au Botswana assez stressante ?

Oui en effet, mais laissez-moi avant toute chose rectifier une petite erreur. Contrairement à ce qu’avaient annoncé beaucoup de vos confrères, le Ghana n’était pas déjà qualifié. Mathématiquement il ne l’était pas. Donc en ce qui nous concerne il nous fallait gagner. C’était donc une fin de et une attente assez angoissante qui me rappelle des souvenirs. J’avais vécu ça en 2010 avec le Gabon en Angola où il fallait attendre le verdict de l’autre match. C’était un match stressant effectivement. Le Botswana a joué à onze derrière ce qui a compliqué notre tâche.


Footafrique.com : On reproche à votre équipe de manquer de réalisme et c’est Keita qui débloque la situation.

Alain Giresse : L’animation offensive reste la partie la plus sensible et la plus délicate. La percussion c’est ce  qui vous fait gagner des matches. Certes une équipe se bâtit derrière après pour finir un match, il faut être bon et efficace devant. Aujourd’hui nous manquons de percussion. Je ne sais pas si on peut dire ça du match face au Ghana qui est une équipe assez solide mais il nous faut être plus costaud devant collectivement et individuellement pour finir les matches. Face au Botswana Keita débloque la situation. C’est le propre même des grands joueurs d’être là au bon moment, au bon endroit, et faire le geste qu’il fallait. Il a tout bien fait. Heureusement.

 

Footafrique.com : Le punch d'un Kanouté ne vous manque -t-il pas ?

Alain Giresse : Vous savez, je ne vais pas vous répondre à cette question. ( temps de réflexion…). Je ne peux pas raisonner avec des joueurs qui ne sont plus là. De par sa valeur Kanouté est certes indispensable, c’est une évidence. Mais mon rôle est de faire avec les joueurs dont je dispose. Il a pris une décision, je ne peux que la respecter par rapport à son âge et son choix. Mais le technicien que je suis ne peut que la déplorer car perdre un joueur de cette qualité est toujours problématique. On pleure toujours Zidane en France vous savez.

 

Footafrique.com : Mais il existe une réglementation qui oblige le joueur à répondre à une sélection ?

Alain Giresse : Si vous ne respectez pas le choix du joueur vous pouvez l’exposer ou le mettre dans la situation du « match de trop ». A savoir, que tout joueur qu’il est, même si il a été toujours  super bon tout le temps et qu’il arrive à un moment où ses performances vont décliner, vous l’exposez au public qui n’est pas tendre. En 1986, j’avais décidé d’arrêter la sélection avec l’équipe de France, mais l’année d’après j’étais meilleur joueur français. Les gens ne comprenaient. N’allez pas croire que c’est un plaisir et un soulagement d’arrêter la sélection. Certes il y a une carrière en club, mais rien ne remplace la sélection. Arrêter la sélection est un moment charnière pour un joueur car il considère qu’il n’a plus la mentalité et les capacités physiques de faire les deux. Pour le moment Kanouté ne fait plus partie de la sélection.

 

Footafrique.com : Vous affrontez le Gabon en quarts de finale. Une équipe que vous connaissez très bien ?

Alain Giresse : Je me dis que c’est quand même incroyable le destin ! Vivre une situation pareille est tout simplement inimaginable. J’ai passé quatre ans ici, quatre années pleines durant lesquelles nous avons fait des choses incroyables. Rappelez vous où était l’équipe à mon arrivée et à quel niveau je l’ai laissée. Ont a fait un grand bond en avant. Je l’ai fait avec une grande partie de ces joueurs avec, parfois, des moments difficiles et intenses. Que l’on gomme tout ce vécu par la suite, sous prétexte qu’on est arrivé en haut, humainement ça marque et je n’apprécie que moyennement. Laissez-moi vous dire que j’ai toujours des contacts avec certains de ces joueurs. Une relation sincère. Mais aujourd’hui je me trouve dans une situation où je me dois de battre cette équipe. Il faut donc que je me prépare et mettre tout sentiment personnel de côté.

 

Footafrique.com : Qu’est ce qui a changé dans l'équipe du Gabon par rapport à celle que vous avez dirigée ?

Alain Giresse Ils ont ce qui a fait la force d’une équipe : le mental, la détermination, la solidarité. C’est une équipe qui est moins forte sur le plan individuel que certains pays. Mais sa force, c’est cette vertu et ce socle de valeur qu’ils savent communiquer. Ils arrivent à soulever les montagnes grâce à cela. De plus, certains joueurs qui ont pris une autre dimension à l’image de Daniel Cousin qui revient en force lors de cette CAN. C’est un joueur qui n’était pas en sélection quand je suis arrivé, je lui ai donné le capitanat et même lorsqu’il s’est retrouvé sans club, il est rentré et à signé au Gabon pour rester compétitif. Il résume parfaitement cet état d’esprit dont je parlais précédemment.

 

Footafrique.com : A mi -chemin de cette 28e édition de la CAN, quel bilan faites vous ?

Alain Giresse : Il reste huit équipes et je ne pense pas qu’on aurait été nombreux à donner les huit pays qualifiés. A vouloir pronostiquer, je pense qu’on aurait fait du 100% d’erreur. C’est la marque de fabrique de cette CAN : des éliminatoires au tournoi final, j’ai envie de dire qu’il ne fallait pas être un gros pour rester en course. Je trouve que la Côte d’Ivoire et le Ghana gèrent bien la compétition. Je m’explique : ils gèrent car ce sont des pays attendus. C’est à eux qu’on tend les pièges et ils arrivent à les déjouer sans pour autant impressionner. Il est intéressant de les voir dans l’opposition de jeu, le style, la qualité de jeu, la qualité technique de la Côte d’Ivoire face à l’enthousiasme, l’euphorie et la solidarité de la Guinée Equatoriale.

(Propos recueills par B. Nazim à Libreville)