TUN - ITW : Les confidences de Adel Chadli (BN)

Maghreb - TUNISIE

adelAdel Chadli est une icône du football tunisien. Il a remporté la CAN 2004 et porté le maillot national tunisien à l’âge de 19 ans. A  35 ans, il a été sélectionné pour disputer la phase finale de la CAN en Guinée Equatoriale et Gabon. Le Cheikh comme l’appelle affectueusement ses coéquipiers n’a pas accepté son statut de remplaçant et surtout le silence de son ex-coéquipier en équipe nationale devenu sélectionneur Issam Trabelsi. Alors, il a préféré prendre congés de ses coéquipiers à Libreville, sans faire de vague. En homme pieux, il s’en explique, en exclusivité, à notre envoyé spécial à Libreville Bessol Nazim.

 

Footafrique.com : Votre départ est-il lié à votre statut de remplaçant ?

Adel Chadli : Non. J’estime que la patience a des limites et à un moment vous n’en pouvez plus. Ce que Sami Trabelssi m’a fait en un mois, je ne l’ai jamais vécu en 20 ans de carrière. Il ne me parlais plus depuis le stage en Espagne. Pas un mot. .Je ne sais pas ce qui s’est passé mais cette situation a fini par me lasser. Je ne comprends plus rien. Avant la compétition le coach est venu me voir pour me dire qu’il comptait sur moi. J’ai donc décidé d’apporter mon expérience et mon vécu au groupe et finir en beauté ma carrière internationale. D’ailleurs, les membres du staff ne partagent pas son attitude. Mes tests physiques et mon rendement sur le terrain, notamment lors des matches de préparation parlent pour moi.


Footafrique. com : Vous en avez parlé avec le sélectionneur Issam Trabelsi ?

Adel Chadli : Oui. Je suis parti le voir, (ndlr – à la fin du match contre le Niger), il m’a clairement dit qu’il n’avait rien à me reprocher, que j’étais un des leaders de cette équipe, qu’il comptait toujours sur moi et que j’allais joué. Même contre le Gabon lorsqu’il a remanié l’équipe à 90% il ne m’a pas fait rentrer.  Alors je me suis dit, trop c’est trop.  Je suis revenu en sélection après une première retraite en 2007, due à des considérations extra sportives. La Révolution  (départ du président Ben Ali) m’a donné envie de revenir et je voulais faire plaisir au peuple. Je suis allé au CHAN du Soudan 2011 avec Sami pour lui apporter mon soutien parce que nous avons joué ensemble et nous avons remporté le trophée. Noubliez pas que je joue en équipe nationale depuis 1996. J’avais 19 ans.

 

Footafrique : Quand avez - vous commencé à douter de votre éviction ?

Adel Chadli : A Dubaï où ous étions en stage. Sami m’a fait jouer à l’aile droite et il m’a fait sortir à la 37e minute alors que tout le monde sait que je suis relayeur ou pivot. Je suis sorti et je suis parti lui serrer la main sans dire mot. Je ne suis pas le genre de joueurs qui va au clash où qui manque de respect, je n’ai jamais fait ça. Par la suite, il n’a fait que m’ignorer. Je ne veux pas l’accabler ou lui manquer de respect, ni le juger. Par la suite, il m’a ignoré et je n’ai pas cherché à l’accabler, à lui manquer de respect, ou le juger.   Il m’aurait juste dit tu ne joues pas avant de venir, je lui aurais dis : Sami prends les jeunes. Je sais que c’est important pour eux de vivre ça de voir ce qu’est une CAN ou un événement pareil. Il ne faut pas oublié qu’il a laissé trois jeunes à Dubaï, des petits frères pour moi. Et cela m’a fait du mal de les voir quitter le groupe.  J’aurais préféré qu’il en prenne l’un d’eux.


Footafrique.com : Comment s’est passé votre départ ?

Adel Chadli : J’ai d’abord parlé aux cadres de l’équipe et notamment, Karim Hagui, à qui j’ai annoncé ma décision de quitter le groupe. Je leur ai expliqué les raisons de mon départ en précisant qu’il y avait quelque chose qui ne va pas avec le coach et que je ne pouvais plus continuer comme ça. Puis j’ai pris la parole devant tous les joueurs, les membres du staff technique et médicale, les membres du bureau fédéral. Devant le groupe, je suis revenu sur ma situation. J’ai dit clairement que je n’acceptais pas mon statut et que je ne suis pas venu ici pour être le remplaçant du remplaçant, sans manquer de respect à personne. Et que pour le bien du groupe je préfère rentrer  à Tunis, car je n’allais pas être de bonne compagnie. J’ai choisi de partir et personne ne m’a viré.  J’ai préféré partir sans faire de vagues.

 

Footafrique.com : Quelle a été la réaction du coach ? De vos coéquipiers ?

Adel Chadli : Il (Sami Trabelsi) est resté dans son mutisme, il m’a juste dit ok ! Il semblait être soulagé. Quant à mes coéquipiers ils m’ont juste dit qu’ils étaient tristes que je parte car j’étais quelqu’un d’important dans le groupe à leurs yeux.  Puis je les ai quittés tôt le matin. J’avais les larmes aux yeux quand j’ai croisé Djamel Saihi et Hocine Ragued qui m’ont salué.  Le président de la fédération est venu me voir pour me convaincre de revenir sur ma décision mais il était trop tard et surtout il n’y avait pas d’autre solution pour moi.

 

Footafrique.com : Avez vous eu des problèmes avec les joueurs ?

Adel Chadli : Je respecte tout le monde dans le groupe et les gens me le rendent bien. Je n’ai aucun problème avec les joueurs, ni  avec les membres du staff, ni même avec Sami Trabelssi. Concernant les joueurs je suis un peu le pote, le grand frère peut être même le père. Certains étaient encore ramasseurs de balle lorsque j’ai débuté en sélection et ce n’est pas pour autant que je les prends de haut. J’aime travailler avec les plus jeunes, les conseiller et c’est ce que j’ai toujours fait.  Je suis un modèle pour eux et j’essaye de les écouter de les conseiller du mieux. Donc franchement je n’ai aucun problème, ni aucune animosité envers personne dans ce groupe.

 

Footafrique.com : Quels sont vos sentiments avez-vous envers le sélectionneur ?

Adel Chadli : Je lui en veux pour le comportement qu’il a eu avec moi. Je n’ai jamais eu de clash avec lui, jamais un mot plus haut que l’autre ou de comportement négatif. La seule chose qu’on m’ait réellement reprochée et je n’en reviens toujours c’est le fait d’être trop pro. Un membre du Bureau Fédéral est venu me voir pour me dire que personne n’avait rien à me reprocher si ce n’est mon professionnalisme ! Je suis trop pro parce que j’ai des rituels bien précis. Depuis 18 ans que je suis en sélection, je reste toujours dans ma chambre, j’écoute le coran, je fais mes prières, je regarde un DVD. Je ne suis pas la personne  qui aime jouer aux cartes ou à la consol. C’est comme ça, j’ai toujours été comme ça. Si j’ai fait la carrière que j’ai  fait, et que j’arrive à être encore compétitif  à 35 ans, c’est grâce à Dieu et en partie à cette façon d’être et mon hygiène de vie au quotidien.

 

Footafrique.com Vous sentez vous trahi ?

Adel Chadli : Trahi, non je n’utiliserais pas ce mot. Il faut aussi faire la part des choses, avant d’être mon ancien coéquipier en sélection, et mon ami à l’extérieur. Sami est avant tout mon coach sur le terrain. Il n’y a pas de sentiment à avoir, si tu mérites de jouer tu joues sinon tu ne joues pas. Mais je suis triste. Je suis très triste. Je rêvais de partir par la grande porte et ce n’est pas le cas. J’ai raté ma sortie et je quitte la sélection par la petite porte.

 

Footafrique.com : Quelles sont les chances de la Tunisie ?

Après le match face au Gabon je ne peux qu’être optimiste. On a vu une très bonne « équipe bis » de Tunisie. Une compétion comme la CAN ce n’est pas seulement les onze titulaires mais tout le groupe, aujourd’hui le groupe est amputé d’un élément mais c’est pas grave je pense qu’ont peut faire de très belles choses. Quant à moi, même si le ciel m'est tombé sur la tête, je continuerai à jouer avec l'Etoile du Sahel. - (Propos recueillis à Libreville par B. Nazim)